Datum: 09.05.09 20:56
Kategorie: Kultur-Literatur

 

Clément Mutombo et les damnés innocents du Vorarlberg

AUTRICHE: <Les enfants perdus> de l´armée francaise

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source: Journal LE FIGARO/France

L'isolement géographique et l'opacité des archives militaires empêchent ces Autrichiens nés en 1946 de retrouver les traces de leurs pères, anciens soldats des troupes coloniales françaises.

Ils s'appellent Georg, Karin, Margot ou Heidi et leurs traits ne laissent aucun doute quant à leurs origines nord-africaines. Ils font partie des 700 enfants nés en 1946 dans les Alpes autrichiennes, de l'union de soldats français, tirailleurs marocains pour la plupart, et de jeunes femmes du Vorarlberg. Aucun, ou presque, n'a jamais vu son père.

Lorsque les troupes de montagne marocaines s'emparent aux premiers jours de mai 1945 des abords du lac de Constance, non loin du Liechtenstein et de la Suisse, elles n'ont guère le temps de profiter de ce petit paradis alpin. Trois mois plus tard, elles repartiront combattre en Indochine. De nombreux soldats s'embarquent pour l'Extrême-Orient sans savoir qu'ils laissent derrière eux un enfant à naître. Peu l'apprendront, beaucoup mourront dans les rizières. Presque aucun ne reviendra en Autriche.

Désormais sexagénaires, ces habitants du Vorarlberg (ouest) n'avaient jamais vraiment parlé de leurs origines. Des décennies durant, les Kriegskinder, les «enfants de la guerre», fruits d'unions coupables avec des soldats français des troupes d'occupation, musulmans de surcroît, ont subi l'opprobre de leurs compatriotes. Au point de décourager les plus téméraires dans leur quête d'identité.

Des archives dispersées

Même Karin Trappel, qui disposait d'une photo et d'une adresse en Indochine, d'où son père, Mohammed Bouchaïb, affecté au 3e bataillon des troupes françaises d'Extrême-Orient (TFEO), a écrit ses dernières lettres, jetées au feu par un beau-père ombrageux et jaloux. Est-il mort là-bas ? En désespoir de cause, Karin est partie arpenter les vieux cimetières militaires du Vietnam en 1999. En vain. Soixante-quatre ans après la fin de la guerre, les obstacles bureaucratiques pour Karin et ses amis restent nombreux. Dans certains cas, toute preuve exploitable a purement et simplement disparu. Dès le départ des tirailleurs marocains, les familles concernées ont détruit toute preuve embarrassante, afin d'éviter que la honte rejaillisse sur leur patronyme.

Lorsque les requérants commencent à s'organiser, il y a quelques années à peine, et sollicitent les autorités consulaires françaises, les portes se ferment. «Les Français craignent que les enfants ne leur demandent des comptes sur le plan financier», avance Margot Xander, dont le père se serait appelé André Colou. Comme les autres, elle s'est entendu dire que la loi Napoléon qui prescrit le gel des archives militaires pendant soixante-dix ans s'appliquait toujours.

«C'est totalement faux», s'insurge Laurent Veyssière, conservateur du patrimoine au ministère français de la Défense. Fixé en réalité à soixante ans depuis 1979, le délai de protection des données privées a été réduit à cinquante ans par la loi sur les archives du 15 juillet 2008. En principe. Car, malgré cette réforme, les démarches restent malaisées. «Nous rencontrons des difficultés énormes, déclare Jean-Jacques Delorme, président de l'association Cœurs sans frontières, qui défend les enfants franco-allemands issus de la guerre, dont le nombre avoisinerait les 200 000. Le problème en France est que les archives sont éclatées sur un certain nombre de sites, que se partagent cinq ministères». «Nous savons qu'il y a un problème et nous nous efforçons de le régler, renchérit Laurent Veyssière, qui reconnaît un encombrement manifeste au Bureau central des archives administratives militaires (Becaam) de Pau. Les demandes d'information relatives aux “enfants de la guerre” sont noyées dans le flot, et c'est pourquoi elles peinent à aboutir.» La situation devrait toutefois s'éclaircir : en 2012, les archives militaires seront réunifiées au sein du service historique de la Défense, au château de Vincennes.

Mais le temps presse. «C'est une course contre la montre, remarque le sociologue Clément Mutombo, auteur d'un ouvrage sur le sujet *. Les combattants passés par l'Autriche en 1945 ont plus de quatre-vingts ans aujourd'hui.» Et les chances pour Karin, Margot et les autres de retrouver leurs pères en vie s'amenuisent chaque jour un peu plus.

* Les Damnés innocents du Vorarlberg. Parianisme envers les enfants historiques (1946), Peter Lang 2007.

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Quelle: LE FIGARO

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