Datum: 21.12.10 13:00
Kategorie: Diaspora-Afrika

Von: Professeur Maurice CHEZA

Décès du Professeur Jean-Marc Éla - Par Maurice Cheza

Le Professeur camerounais Jean-Marc Éla est décédé à Vancouver le 26 décembre 2008 au terme d’un exil de treize ans au Canada. Il était né le 27 septembre 1936 à Ebolowa au sud du Cameroun. Prêtre diocésain, il a obtenu à Strasbourg, en 1969, un doctorat d’État en théologie avec une thèse intitulée Transcendance de Dieu et existence humaine selon Luther. Essai d’introduction à la logique d’une théologie. Il est ensuite rentré au Cameroun.

De 1970 à 1984, il a vécu et travaillé avec les communautés paysannes à Tokombéré dans les montagnes du Nord-Cameroun, au milieu de la population des Kirdi. Là il s’est fait le disciple de l’abbé Simon Mpeke appelé Baba Simon, un des tout premiers prêtres du Cameroun, ordonné en 1935, qui était devenu « missionnaire africain aux pieds nus ». À partir de cette expérience d’immersion, il a présenté à la Sorbonne en 1978, pour un doctorat de troisième cycle en anthropologie sociale et culturelle, une thèse intitulée Structures sociales traditionnelles et changements économiques chez les Montagnards du Nord-Cameroun : l’exemple de Tokombéré. Il a ensuite été nommé Professeur à l’Université nationale de Yaoundé.

En 1990, il présenta son doctorat d’État en sociologie à l’Université de Strasbourg avec une thèse consacrée à la résistance du peuple face aux institutions délabrées de l’État et face à l’exploitation agro-alimentaire dans le nord de son pays. Inséré dans un quartier populaire de Yaoundé, il animait divers groupes et avait son franc-parler pour dénoncer les dérives du pouvoir.

Après l’assassinat, le 24 avril 1995, du jésuite Engelbert Mveng théologien et artiste avec lequel il collaborait, sa prédication se fit encore plus incisive. Il relut les événements à partir de certains textes bibliques. Pour lui, à l’exemple du meurtre d’Abel par Caïn, le sang des victimes des assassinats qui se commettaient au Cameroun depuis plusieurs années criait faute de justice. Il insista aussi sur la signification actuelle du Dieu « qui renverse les puissants de leur trône ». Ce genre de prédication inquiéta le pouvoir en place et, devant les menaces de mort qui se précisaient, il se réfugia au Canada. Il y assuma diverses charges d’enseignement, continua à écrire et répondit à plusieurs sollicitations venant d’Europe. C’est ainsi que ses contacts avec la Belgique furent nombreux : docteur honoris causa de la KULeuven ; enseignements à Louvain-la-Neuve en théologie, en sociologie, dans un cours métis et dans des rencontres d’étudiants ; conférence à la Faculté de théologie protestante de Bruxelles ; collaboration avec Entraide et Fraternité et Broederlijk Delen. On se souvient aussi de sa communication lors de la journée d’étude pour l’éméritat à l’UCL des Professeurs Claude Soetens et Maurice Cheza. Elle était intitulée « Mémoire d’insoumission et résistances à l’évangélisation : un défi à la théologie africaine ? »

Jean-Marc Éla a toujours eu la plume facile, voire prolifique. Dès le séminaire, il écrivait dans la revue interne Lumina ; plus tard, en France, dans Tam-Tam, la revue des étudiants catholiques africains. En 1963, il s’était fait connaître d’un public plus large par un article intitulé L’Église, le monde noir et le Concile6. De Vatican II, il attendait « un esprit d’ouverture et d’accueil aux valeurs de civilisation du Monde noir ». Outre des articles dans diverses publications parmi lesquelles L’Effort camerounais et Le Monde diplomatique, il a écrit une quinzaine d’ouvrages dont Le cri de l’homme africain, Paris, L’Harmattan, 1980 ; Ma foi d’Africain, Paris, Karthala, 1985 et en dernier lieu Repenser la théologie africaine. Le Dieu qui libère, Paris, Karthala, 2003, dans lequel il reprend les principaux thèmes qu’il a étudiés toute sa vie.

De par sa formation en sciences sociales, il base toujours sa réflexion sur une observation et une analyse des réalités concrètes collectives que vivent ses contemporains. Il constate leurs souffrances, engendrées par des systèmes d’exploitation coloniaux et post-coloniaux et il fait appel aux ressources communautaires des entités locales. Les pauvres sont les privilégiés de Dieu. Celui-ci soutient leur libération. Pour lui, « redécouvrir ce Dieu des pauvres et des opprimés est le défi de toute théologie chrétienne ». Par rapport à la théologie de la libération latino-américaine, il estime qu’elle est postérieure à celle qui est née en Afrique. Il s’est intéressé aussi aux problèmes internes à l’Église, notamment la question des ministères et la reconnaissance par la curie romaine des valeurs chrétiennes de l’Afrique. On lui a parfois reproché un certain unilatéralisme et une trop grande méfiance envers les théologies plus spéculatives. Il reste que, comme Engelbert Mveng, il a payé très cher sa parole libre et prophétique. Il n’a pas versé son sang, mais il a vécu la souffrance de l’exil pendant treize ans.

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Source: Université Catholique de Louvain La Neuve, Belgique







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