Datum: 22.06.09 19:13
Kategorie: Kultur-Film

Von: simon INOU

"Lieux Saints " Le dernier film de Jean Marie Téno

Jean-Marie Teno (c)afrikanet/inou

Un film qui questionne l’avenir du cinéma africain face à la montée des cinéclubs en Afrique.

 

C´est un Jean-Marie Teno égal à lui-même par sa critique acerbe de nos sociétés ainsi que par un engagement digne d’un Mongo Beti que je rencontre pour la première fois à Graz, la deuxième ville d’Autriche, pays de Mozart, de la valse mais aussi et surtout pays de Joe Zawinul le propulseur de Richard Bona.

 

Jean-Marie Teno a été invité par Emmanuel Kamdem, le Fondateur du premier festival africain d’Autriche. Ce festival regroupe tous les ans, depuis six ans près de 2000 personnes avec des dizaines d’artistes. En cette année 2009 le festival s’est enrichi d’une grande première : les journées cinématographiques africaines, organisées pour la première fois en coopération avec une salle de cinéma de la ville de Graz. Une première car les films africains n’attirent qu’un public vraiment intéressé. Selon Kamdem le but du festival est  ”de présenter l’Afrique de façon critique sous des diverses perspectives afin de nous libérer de la production biaisée des images occidentales sur l’Afrique”.

 

Il faut dire que le dernier film de Jean-Marie Teno que j’ai eu l’occasion de regarder était le malentendu colonial. Ce film diffusé aussi sur les chaînes de télévision allemande posait un problème tabou sur lequel, au pays de Nachtigal et de Goethe on n’en parle presque pas: la mission civilisatrice de l’Allemagne en Afrique et plus particulièrement en Namibie. Dans ce film Teno s’interroge sur relation entre la misère de l’Afrique et la charité chrétienne.

 

A Graz c’est un public très intéressé et intéressant qui a regardé Samedi dernier ”Lieux Saints” de Jean Marie Teno. Ce documentaire d’une réalité sociologique descriptive digne d’un Jean-Marc Ela s’intéresse à la place des vidéoclub dans les sociétés africaines contemporaines. Mais aussi sur le genre d’images qui sont projetées dans les quartiers populaires loin des salles de cinéma traditionnels devenus depuis belle lurette des lieux fantômes n’ayant plus rien avoir avec le cinéma.

 

En 2007 Jean-Marie Teno coordonne la section documentaire du Fespaco. Un ami le confronte à un fait qui, pour les cinéastes et créateurs artistique africains, fait froid dans le dos. Il lui pose une question simple: ”A quoi bon faire des films documentaires engagés si le public concerné qui devrait bénéficier de ces films ne peut pas les voir, à savoir le public des quartiers populaires” ? En filigrane : les africains d’aujourd´hui regardent-ils les films des réalisateurs africains? Quel rôle joue le cinéma africain aujourd’hui pour les africains ? Le Fespaco y contribue-t-il toujours 40 ans après sa création?

 

Jean-Marie Teno prends son temps comme il le dit lui-même, y réfléchi sérieusement et décide de s’engager Camera aux poings à la recherche des réponses aux questions sus-citées. Il choisit de tourner dans un quartier populaire de Ouagadougou. Dans le quartier St. Léon de Ouagadougou coincé entre la cathédrale et la mosquée se trouve un ciné-club comme partout ailleurs dans les grandes villes africaines. Un téléviseur dans une salle vétuste couverte de tôles dans laquelle on trouve plusieurs bancs en bois servant de siège. Le propriétaire est un jeune qui veut joindre l’utile à l’agréable. Il loue les Dvd, le rejoue dans sa salle moyennant une somme modique. Il parvient à s’en sortir malgré les fins de mois difficile. Les films montrés sont de production occidentale. A Saint Léon le jeune Jules -César est un jeune africain qui tente, par son travail de réconcilier Modernité et tradition. Il fabrique le Djembé, le joue à merveille afin d’entretenir une tradition familiale de longue date: Celle de raconter à divers publics les nouvelles d’ici, d’ailleurs et du jour. Un jeune africain philosophe qui apprends au réalisateur Teno que le Djembé c’est le ”grand frère” du Cinéma.

 

Face à la montée galopante des connexions Internet et de nouvelles technologies, de l’envahissement de nos espaces hertziens par les programmes télévisuels satellitaires provenant de l’étranger mais aussi de la cherté des films 35 mm et l’extension des villes africaines il fallait, comme le dit Jean-Marie Teno que ”les africains, comme d’habitude inventent les nouvelles façons de se réapproprier leurs cultures”. Dans le ciné Club de Saint Léon les films africains sont aussi montrés. L’exemple raconté dans le documentaire est celui de Idrissa Ouedraogo, le célèbre réalisateur Burkinabé. Un de ses films est victime de piraterie et montré à un public à moindre coûts. Dans le film, le réalisateur  parle sans détours du fait que les cinémas subventionnés négligent leur public premier que sont les africains et s’orientent - pour des raisons économiques ? - vers les maisons de distributions étrangères. Le documentaire confronte le réalisateur burkinabé aux réalités cinématographiques autres que celles vécues dans les tours d’ivoire des quartiers d’affaires de Ouagadougou.

 

Quarante ans après la création du Fespaco le réalisateur de vacances au pays revient, dans ce documentaire sur l’importance du cinéma pour nous africains mais aussi et surtout sur les idées fondatrices du Fespaco dont l’une des idées maîtresses était de produire les images sur l’Afrique dépouillées du regard de l’étranger (dans ce cas du blanc)  du point de vue des Africains. Une idée maîtresse, qui selon Teno est entrain d’être étouffée car ” le Fespaco est devenu un festival à travers lequel les institutions culturelles occidentales imposent, par leurs financements et sponsoring leur façon de voir l’Afrique. Ce qui profite particulièrement aux réalisateurs occidentaux et va surtout à l´encontre des idées fondatrices du festival.

 

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Source: La Nouvelle Expression/Cameroun (10 Jun 2009)

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